Petites nouvelles à partager

Au Moulin à Café de Saint-Armel, Catherine part à la retraite.

 

Sur le livre d’or placé près du comptoir, on peut lire parmi tant d’autres petits mots de gratitude :

« Merci Catherine pour ton sourire, ta gentillesse qui nous ont accompagné toutes ces années », 

« Profites bien de ta retraite Catherine, tu vas nous manquer… ».

En cette fin de matinée du 31 décembre, l’ambiance comme toujours au Moulin à Café est chaleureuse et bon enfant. Quelques habitués finissent leur bière en salle, pendant que le ballet des entrées  et sorties  des clients  repartant, qui avec du pain, qui, un Gochtial, qui, des crêpes ou des galettes, s’interrompt un instant pour saluer ou embrasser une dernière fois  Catherine, souriante, derrière  sa caisse.

Coiffée pour l’occasion d’un chapeau figurant un gâteau d’anniversaire et ceinte d’une écharpe façon reine de beauté, siglée « Miss retraite », celle-ci semble flotter dans ce brouhaha festif et  voir défiler les 42 ans passés ici à accueillir et servir tout ce petit monde.

L’histoire débute à l’été 1983.

Catherine Bourhis vient d’obtenir  son CAP/ BEP comptabilité et n’a aucune idée du tournant que va prendre sa vie.

Un matin,  Madeleine Le Joubioux, la boulangère de Saint- Armel qui livre le pain à ses parents installés au Hézo, le village voisin, propose à la jeune fille de l’embaucher pour la saison d’été.

« Mes parents m’ont dit que lorsque l’on vous propose un travail il ne faut pas refuser. C’est comme cela que je suis entrée à la boulangerie. » Nous confie t-elle et de poursuivre :

« Et j’y suis restée! A l’époque il y avait plusieurs fournées de pain par jour, plus les viennoiseries et les gâteaux traditionnels bretons. Sans oublier le Gochtial  que la famille fabriquait déjà depuis quatre générations. Il était plus riche en ce temps là.

On le préparait  pour la saint Vincent le patron des vignerons . Il y avait un pardon, une bénédiction à l’église puis il était partagé avec ceux qui assistaient à la messe. La tradition dure encore aujourd’hui. Et aura lieu le 18 janvier prochain au Hézo berceau de cette brioche bretonne. »

Quand Eric a repris  la boulangerie de ses parents en 1989 et créé la partie bistrot, le travail de Catherine s’est élargi au service en salle, et au comptoir.

« On vendait aussi bien des cartouches pour les chasseurs, des vignettes automobiles, des boules de pétanque… Puis sont venus les cigarettes et tous les jeux de grattage… »  se souvient -t-elle.

Les deux événements qui auront  le plus marqué Catherine au cours de ces années ? Le mariage de ces patrons en 2015 et la venue, un matin de l’Emir du Quatar, installé en terrasse avec ses gardes du corps pour prendre un café..

Mais ce qu’elle retiendra de cette vie passée dans ce lieuincontournable de la Presqu’Ile de Rhuys,  c’est le sentiment d’avoir fait partie d’une famille :

« Je n’ai jamais eu la boule au ventre en venant travailler. Avec mes collègues et mes patrons des liens de confiance ont été tissé. L’entraide a toujours été présente. Comme j’aime les gens, et c’est important dans ce métier, les clients me le rendaient bien.. Certains se sont confiés parce que sentis en confiance. D’autres, je les ai connus lorsqu’ils avaient quatre ou cinq ans. Aujourd’hui ils viennent à leur tour acheter leurs gâteaux ici  avec leurs enfants ».

Et Catherine d’ajouter en guise de conclusion des trémolos dans la voix:

« Quand je vais partir la semaine prochaine, cela va être dur.

Difficile de balayer 42 années comme cela!

Même à la retraite, je passerai prendre mon pain ici.

Je ne quitterai vraiment jamais cet endroit ».

Christine Quenon